Marc Darmon : La France doit devenir le champion mondial de la sécurité

Face au terrorisme et à la cybercriminalité, les pays ont besoin d’’ ‘outils technologiques toujours plus performants. L’’ industrie française de la sécurité est en mesure de les fournir, mais cela nécessitera un renforcement des investissements publics.

Tribune de Marc Darmon, président du CICS, publiée dans le journal Les Echos du 24 août 2017

La montée des risques et des menaces, dont les plus emblématiques sont le terrorisme et les cyberattaques, se poursuit sans relâche et appelle en réponse des politiques publiques ambitieuses et clairvoyantes. L’inscription de mesures de l’état d’urgence dans la loi en est une marque concrète. Les réponses doivent être globales, s’appuyer sur toutes les forces et viser l’efficience. Les forces de sécurité répondent aux enjeux avec compétence, courage et détermination, et nous rendons hommage, mais face à la charge de plus en plus lourde, à la masse croissante de données générées par le numérique, aux vulnérabilités grandissantes, leurs moyens humains atteignent leurs limites. Pour les aider à accomplir leurs missions et à s’y épanouir, les technologies ont le potentiel de démultiplier leur efficacité et de mieux protéger chacun d’entre nous.

L’industrie française de sécurité est à la hauteur de cette tâche. C’est une industrie d’excellence qui réalise 21 Md€ de chiffre d’affaire, dont 50% à l’exportation, et représente 125 000 emplois hautement qualifiés. Son tissu est riche de nombreuses PME dynamiques et innovantes et de grands leaders mondiaux. Le savoir-faire français en matière de sécurité est très reconnu dans toutes ses composantes technologiques et humaines. Il peut être encore plus exploité pour proposer des politiques publiques innovantes et efficientes.

C’est pourquoi les industriels de la filière, regroupés dans le CICS (conseil des industries de la confiance et de la sécurité), en appellent à un renforcement de l’action publique visant à fournir les capacités industrielles et opérationnelles nécessaires pour faire de la France un laboratoire mondial des meilleures technologies en matière de sécurité. Une action volontariste doit être menée à plusieurs niveaux : soutien à l’innovation, investissements, défense de la base industrielle et de souveraineté, soutien à l’exportation, gouvernance étatique de la sécurité, coopération européenne. En matière de soutien à l’innovation, le CICS estime que l’Etat doit se fixer pour but d’investir un milliard sur trois ans dans l’innovation technologique pour résister à la forte concurrence mondiale et placer la France à l’avant-garde des ruptures technologiques et de marchés. Il s’agit de s’aligner sur les pays qui investissent massivement sur les technologies de sécurité pour ne pas risquer le déclassement et la dépendance.

Une politique européenne ambitieuse

En matière d’investissements technologiques l’industrie pousse l’Etat à porter ses acquisitions et achats de services technologiques à forte valeur ajoutée à hauteur de 1 Mds€ par an pour ses missions de sécurité. Alors que nos grands industriels sont des leaders mondiaux, la France ne s’est pas modernisée sur les domaines qui font leur force. La filière préconise que les investissements publics et privés soient renforcés dans les solutions technologiques incontournables largement adoptées à l’étranger : documents officiels électroniques et sécurisés de nouvelle génération, solutions de cybersécurité de confiance et labellisées, solutions de biométrie, protection des sites sensibles, mais aussi sécurité urbaine et des grands évènements. Des politiques d’accompagnement et d’incitations fiscales permettraient de progresser. Dans le domaine clé de l’identification électronique, il s’agit de mettre en œuvre un système et une politique « public-privé » de déploiement qui place la France en leader et permette la construction d’un internet de confiance.

Les avancées technologiques incessantes et les ruptures demandent que la France impulse une politique européenne ambitieuse pour développer des positions de leader dans les domaines qui vont structurer nos sociétés et générer des milliers d’emplois : la sécurité de l’internet des objets, la sécurité des voitures connectées, la robotique de sécurité, les applications de la Blockchain à la sécurité, le big data, le deep learning, l’intelligence artificielle, et surtout la souveraineté du numérique. Il est essentiel d’assouplir les règles juridiques de façon à expérimenter les solutions innovantes et de veiller à ce que ces avancées technologiques trouvent rapidement un débouché dans les domaines où l’Europe a la capacité d’agir. Le CICS pense notamment à la sécurisation de l’espace Schengen, à la transformation numérique, à l’interopérabilité des forces de sécurité, à la protection des infrastructures critiques de transport et d’énergie, et à la sécurisation de la ville intelligente. Enfin pour assurer la sécurité numérique européenne, les impératifs communs de confiance doivent être élevés par l’instauration de labels européens et d’obligations réglementaires.

En dernier lieu, nous souhaitons élever l’efficacité de la sécurité et la résilience du pays par une gouvernance claire et unifiée au niveau de l’Etat. Le dialogue inauguré depuis 2013 au sein du COFIS (comité de la filière des industries de sécurité), présidé par le Premier ministre, entre les pouvoirs publics, les industriels et leurs partenaires du domaine de la recherche constitue une avancée importante pour défragmenter le domaine de la sécurité. Il faut aller plus loin et se donner les moyens d’un pilotage global et transverse avec une impulsion à donner à la politique publique de sécurité, aux budgets de recherche et aux programmes d’équipement.